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Maison des familles : soutien à la parentalité par l'accueil et l'entraide

· 5 min de lecture
Maison des familles : soutien à la parentalité par l'accueil et l'entraide

Je me souviens encore de ce matin où, poussette dans les mains et cafard au ventre, je cherchais simplement un endroit où souffler un peu. La Maison des familles d'Ermont-Eaubonne, dans le Val d'Oise, c'est exactement ce genre de lieu qu'on rêve de trouver quand on se sent seule avec ses doutes de maman. Portée conjointement par la Fondation Apprentis d'Auteuil et le Secours catholique, cette structure accueille une centaine de familles chaque semaine, sans rendez-vous, sans dossier, sans jugement.

Un lieu ouvert à toutes, sans conditions ni contraintes

Ce qui frappe d'emblée, c'est la simplicité du fonctionnement. Vous poussez la porte du pavillon mis à disposition par la mairie d'Eaubonne, et c'est tout. Aucune inscription préalable n'est nécessaire, aucun justificatif de ressources n'est demandé, aucun service social n'a besoin de vous orienter. Gilles Lesueur, le responsable des lieux, formé comme éducateur spécialisé, vous accueille et note simplement votre prénom et votre numéro de téléphone pour vous ajouter au groupe WhatsApp collectif.

Ce groupe, c'est un peu le fil rouge qui relie toutes ces familles. Les informations sur les activités de la semaine, les petites annonces, les encouragements mutuels… tout passe par là. La maison est ouverte tous les jours de la semaine, de 9h à 17h. Elle dispose d'une terrasse et d'un jardin, ce qui lui donne une atmosphère chaleureuse et familiale, loin des couloirs froids des administrations.

Certaines familles hébergées par le 115 bénéficient même d'un congélateur pour stocker leurs courses et d'un espace buanderie. Ces petits détails changent tout dans le quotidien. Comme Ouahida le dit si bien : « Ici, on est comme chez nous. Même si je n'ai rien de spécifique à faire, je viens. » Cette phrase-là, elle dit tout ce qu'un lieu peut offrir quand il est vraiment conçu pour les gens qui y viennent.

Voici ce que propose concrètement la maison, selon les envies des familles elles-mêmes :

  • Jeux de société et activités créatives en groupe
  • Ateliers manuels animés par des bénévoles ou des parents
  • Séances de massage et activités sportives
  • Apprentissage de la natation et du vélo, à l'initiative des parents
  • Cafés papotage pour pratiquer le français à l'oral

Rompre l'isolement pour soutenir la parentalité au quotidien

Je connais ce sentiment d'arriver dans une nouvelle ville sans repères, sans voisines complices, sans ce petit réseau invisible qui rend la vie avec des enfants tellement plus légère. La grande majorité des parents qui fréquentent la maison sont des femmes, souvent arrivées seules dans la région, parfois issues de l'étranger. Gaëlle, l'une des six bénévoles présentes plusieurs fois par semaine, le confirme avec douceur : « La plupart des mères sont arrivées dans le coin sans connaître personne. »

Ouardia, 40 ans, maman de deux enfants de 6 et 10 ans, habite Eaubonne depuis deux ans. Elle fréquente la maison depuis un an. À son arrivée, elle ne connaissait personne. Aujourd'hui, ce sont ses enfants qui lui demandent de venir le mercredi. Ce détail m'attendrit tellement. Quand nos petits s'approprient un espace et en redemandent, c'est qu'on a trouvé quelque chose de vrai.

Ouahida, elle, a découvert le lieu par le bouche-à-oreille. Ancienne animatrice, mère de deux filles de 16 et 20 ans, elle traverse depuis 2021 un cancer qui l'a éloignée du travail. La maison lui a redonné un rôle, une place, un espace pour exprimer sa créativité. Elle propose des activités, organise des ateliers. « Ça me permet de vivre ma passion », dit-elle simplement. Cette phrase-là me touche au cœur.

Gilles Lesueur résume la philosophie du lieu avec une clarté qui fait du bien : « L'isolement entretient la précarité. Le but est de leur permettre d'en sortir, notamment par l'entraide. » Bénévoles et parents ne se contentent pas de cohabiter : elles échangent des conseils, partagent leurs expériences, se rassurent mutuellement sur leurs rôles de mères. Gaëlle accompagne celles qui ont des enfants en situation de handicap ou qui se sentent dépassées, en les réorientant vers des solutions adaptées.

La Fondation Apprentis d'Auteuil et un modèle qui mérite de s'étendre

La Fondation Apprentis d'Auteuil existe depuis 160 ans. À l'origine centrée sur l'accueil des orphelins, elle accompagne aujourd'hui 40 000 jeunes et 9 000 familles dans 430 établissements en France métropolitaine et en hormis-mer. Son champ d'action est large :

DispositifPublic cibléObjectif principal
Maison des famillesParents en situation de vulnérabilitéSoutien à la parentalité et lutte contre l'isolement
Crèches à horaires atypiquesFoyers monoparentauxFaciliter le retour à l'emploi
Toulines (16 dispositifs)Jeunes sortants de l'ASEAccompagnement vers l'autonomie

La Maison des familles d'Ermont-Eaubonne est la seule implantée en Île-de-France par la fondation depuis 2018. 24 structures existent au total en France, les premières ayant vu le jour à Grenoble et à Marseille. Le budget annuel est de 150 000 euros, financé par la fondation, la CAF via le Fonds national parentalité, le département et la mairie d'Eaubonne.

Ce modèle fonctionne si bien que Gilles Lesueur cherche aujourd'hui un espace plus grand pour répondre à une demande croissante. Vanessa de Lauzainghein, directrice communication de la fondation, l'affirme avec conviction : « Les solutions existent mais elles doivent être soutenues par les pouvoirs publics. » Gaëlle, elle, pose les mots avec simplicité : « La maison répond à un besoin auquel la société ne répond pas. » Et cette phrase, franchement, elle devrait résonner bien au-delà d'Eaubonne.

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